
Plaque, créée vers 1926, en mémoire des personnes qui ont péri durant l’Expédition canadienne dans l’Arctique.
© Musée canadien de la nature
Ce dernier billet de notre précieux collaborateur David Gray met fin au blogue de l’expédition canadienne dans l’Arctique. L’exposition se termine ce dimanche, le 15 avril 2012. Elle partira ensuite en tournée pour être présentée dans différentes institutions canadiennes dont le Musée maritime du Québec cet été.
Karine
The original historic plaque commemorating the men who died during the Expedition was lost years ago. However, memories of the members of the Expedition still abound, especially in the north.
At Sachs Harbour, people would like to see a new commemorative plaque at the place where the Mary Sachs was abandoned. Would it not be a great idea to place an updated plaque there on Banksland for visitors, and those who live there, to remember the people who contributed to the exploration of Canada’s Arctic through the Canadian Arctic Expedition. We would have to add Pipsuk’s name to the list of those who died on the Expedition, or, we could celebrate all of the positives aspects of the Expedition instead.
With this, the “last post” for the Canadian Arctic Expedition blog, we hope that we have added to the memories of the Expedition, and that our blog readers will continue to learn more about the history of Canada’s Arctic and the people who live there.
David

« Nous avions presque épuisé nos provisions, et nous étions de nous nourrir de ce que nous trouvions dans la nature (et Stefansson qui disait que ce serait bon pour mon estomac!). Nous avions de la bouffe d’homme blanc les dimanches seulement. Les autres jours, nous mangions de la viande de phoque, à tel point que je pensais que des nageoires allaient me pousser sous les bras. Nous avions également abattu quelques ours polaires qui avaient pénétré dans le camp un jour de brouillard. Fatigués de manger de la viande de phoque et d’ours, nous nous sommes mis à penser à ce que nous allions manger à notre retour et aux « bons gâteaux que maman nous faisait »! Toutefois, autour de nous, il n’y avait que des morceaux de phoque. Nous utilisions seulement des lampes à graisse pour faire la cuisine, et jetions tous les os d’ours et de phoque dans le feu pour permettre à la graisse de fondre… Nous n’avions ni savon, ni tabac, ni thé, ni café! Une vie de misère! »
Today was the first summer day that we have had this Spring; it was a complete beautiful day, the snow went in licks. Some of the men shifted their quarters today on board the Polar Bear as the house was getting kind of damp. We seem to be at outs with Pannigabluk; she has not been at the house to eat for two days now. She was caught stealing some small articles on board yesterday and at lunch we had clap-facks for lunch she had three in her plate, she also had about ½ pound of lard to eat with them. We have about 20 pounds of lard to last us until we get somewhere and I told her if I ever see her use lard like that again I would take the lard off the table and the poor woman felt insulted.
Working on the boat. Anderson [Karsten Andersen] has been over to the spit. While having supper one of the dogs got loose and chewed up poor little Teddy, our pet bear. The dog had broken three of his legs, so we had to kill him. The ice is coming in fast.
Nous vivions dans des maisons faites de peaux de bœuf musqué et brûlions le charbon dans des fours fabriqués à partir de boîtes en fer-blanc que nous avions avec nous. Pour nous éclairer, nous utilisions du suif de bœuf musqué. Nous étions en mesure de nous vêtir convenablement grâce à des peaux de caribous que nous avions abattus pendant l’été, et nous avons passé l’hiver en bonne santé, dans le confort.


We were passing between a dolomite cliff and a lake this evening when Jennie shouted. The shout was re-echoed, whereupon she stopped and repeated it. The echo set her laughing and that too was echoed. This gave her more delight than ever, and she shrieked and shouted and called out in every fashion that she could conceive of. I said to her “What is it?” “A tornraq” (spirit), she replied. “But where?” I asked. “Inside the cliff.” “Is it dangerous?” “No,” she answered, “didn’t you hear it laugh?” (…)
Jennie Kanneyuk was the adopted daughter of Higilaq and Ukpukkuaq. She became Diamond Jenness’ little sister when her parents “adopted” Diamond and took him with them on their winter travels on Victoria Island.
Voilà une autre belle journée avec une légère brise venant de l’est. La neige fond rapidement. Patsy et moi avons chargé notre traîneau, et Girling a cuisiné de la bannique pour nous – de quoi remplir un sac. Vers 20 h 30, nous avons pris la direction de la base, préférant voyager de nuit parce que la température diminue et durcit la neige en surface. Vers 1 h 30, nous avons atteint « Cache Point », situé à 18 miles (28,8 kilomètres) de notre point de départ. Nous avions tous les deux mal aux pieds, et Patsy était très fatigué. Il s’est traîné jusqu’à la tente et a cuisiné le repas pendant que je vidais la cache et que j’effectuais les travaux extérieurs. Notre traîneau est presque rempli de produits de luxe – de la bannique, des raisins secs, un peu de fromage et de fruits séchés, un pot de marmelade et de la viande de chevreuil – tous offerts par M. Girling.
Went up on hill to try out telephoto lens, but did not have plate magazine loaded right, and could not shift plates. Broke one plate. The plates are rather hard to shift in cold weather, and the telephoto attachment is difficult to focus, as it is so long that I cannot focus from rear while looking at screen, so it take a good deal of experimental adjusting.
Today, it is hard to imagine the difficulties of using the early photographic apparatus in the Arctic, especially in winter. Technology certainly has changed, even in my life span!
Un groupe d’Inuits, dont certains appartiennent aux Kilusiktok de l’Est, se sont installés autour de la base. Parmi eux, le célèbre shaman Ilaciaq, qui a la réputation d’être le meilleur shaman du pays. Je l’ai photographié et je lui ai demandé de rester pendant quelques jours, en promettant de le payer s’il acceptait de me transmettre une partie de son folklore. Il s’est ouvert volontiers, sauf sur le sujet de la religion, pour lequel il s’est montré très peu loquace. Il a « shamanisé » à deux reprises au phonographe, ce qui a donné des enregistrements splendides.
Il est toujours exitant de pouvoir remettre ensemble des morceaux d’histoire. En lisant cet extrait, nous nous sommes aussitôt tournés vers la collection de photographies des archives du musée pour découvrir avec plaisir la photo prise par Jenness le jour même où il décrit, dans son cahier de bord, sa rencontre avec le shaman. Cela nous permet, à notre tour, de rencontrer cet homme qui fascine Jenness.
Bloody Fall Creek. This creek, which flows into the Coppermine River just above the island above Bloody Fall, is broad for about three miles to the east, then tapers to a narrow, crooked gully which seems to run a few miles farther. There appeared to be another channel running north of the clay ridge back of our camp, but I crossed the valley there and found grass all the way across. There may be a little slough there in the spring.
Nous venions tout juste de terminer notre petit-déjeuner lorsque Uktuktovik est entré pour nous annoncer l’arrivée du traîneau. Selon ses dires, les hommes ont voulu rentrer hier soir, mais ont dû s’arrêter à un demi-mile (0,8 kilomètre) du camp. Ils avaient perdu trace de la piste et s’affairaient à allumer la lanterne lorsqu’ils ont aperçu la lumière de la goélette, pour ensuite la perdre de vue. Ils ont donc erré pendant quelques heures à la recherche de la goélette ou d’une piste. Comme Pete, dont le visage et les mains étaient gelés, n’était plus en mesure d’avancer, ils ont planté leurs fusils dans la neige et les ont recouverts de la bâche du traîneau pour se faire un abri, puis ils ont soupé et dormi au chaud.
The blizzard is rather low, drifting now, and the cold wind continued. I did not care to risk freezing the dogs’ shanks and did not travel today. We have been living on beans, rice, pemmican and doughnuts, but are now returning to peameal, bacon, and pemmican. Arnout cooked a meal of peameal tonight. It was the most nauseating dish I have ever eaten, but with perseverance I might be able to eat it and enjoy it later on. One has to overcome dislikes and distasteful things in this country whether one likes it or not.
Le comportement extrêmement « poli » de Pete et de sa femme à table pourrait être amusant s’il n’était pas si sérieux. J’ignore d’où ils tiennent leur conception des bonnes manières en société, mais je crois qu’ils préféreraient se passer de repas plutôt que de terminer leur assiette. Ils laissent généralement une bonne quantité de nourriture pour ce « pauvre Monsieur Bonnes manières ». Et cette manie ne se limite pas à leur propre assiette. Je n’ai jamais vu d’assiette vide à table, sauf la mienne, car Aarnout se laisse influencer par la présence du couple.
Je crois que lorsque la précarité est votre compagne de tous les jours, la tolérance envers les habitudes de vos collègues peut fondre comme neige au soleil. Les frustrations de Wilkins sont probablement accentuées par la promiscuité quotidienne qui finit par jouer sur les nerfs des explorateurs les plus patients ou les plus accommodants. Avez-vous déjà pris part à un voyage ou séjourner dans un lieu qui vous obligeait à rationner votre eau et votre nourriture et à porter une attention scrupuleuse à chacun de vos gestes?
Slightly cloudy. Not very cold. Calm pm. Mr. Chipman had a snow-house (not roofed) built for an astronomical observatory. Also another roofed snow house for balloon apparatus.
The men of the CAE were quick to learn the importance of snow houses. Knowing how to build a snow house or iglu was a necessity for safe travel in winter. Snow houses were also of practical importance for many other purposes as Dr. Anderson records. When studying muskoxen on Bathurst Island in the 1970s, we used a snow house as an observation blind. I was initially frustrated at the difficulty of building one, then amazed at the simplicity and functionality of the structure once we learned the correct technique.
Chaque anniversaire qui se succède nous amène à réfléchir plus profondément aux problèmes de la vie. En ce 27e anniversaire, après avoir vécu diverses expériences dans plusieurs parties du monde et rencontré toutes sortes de gens, je constate que mes idéaux des 10 dernières années ont changé. Inutile de dire que je n’ai pas atteint ces idéaux, mais qui y parvient? Lors de mes trois derniers anniversaires, j’étais plus ou moins occupé et je n’avais pas vraiment de temps à consacrer à autre chose que mes préoccupations immédiates. Cependant, cette année, j’ai passé la journée étendu dans la maison avec tout le loisir de réfléchir. Douze mois sont une si courte période dans l’histoire du monde; pourtant, une foule d’événements susceptibles de changer la nature et le sens de la vie pour des millions d’humains ont le temps de s’y produire, et aucun homme, malgré les progrès de la civilisation, ne peut prédire ces événements ou en modifier le cours. Toutefois, comme je suis incapable de philosopher ou de faire quoi que ce soit d’importance pour moi-même ou mes semblables, pourquoi mettre sur papier des pensées qui traversent sans aucun doute l’esprit de la plupart des hommes qui ont le temps pour tout sauf pour se préoccuper de ce qu’on appelle les nécessités de la vie dans cette phase de notre civilisation.
We spent the time building the house and sheds, putting up the store tents, etc. Winter quarters are shaped in the form of:
The winter quarters that George Wilkins is describing were set up at a small un-named harbour on northwestern Banks Island. They reached this wintering site on the CAE schooner North Star. Under the command of Wilkins, she was one of the few ships to get this far north on the west coast of Banks Island. The only other ships to have reached this point were a few early whalers, the Franklin Search expedition ship HMS Investigator (in 1851), and one other small schooner which passed this harbour in 1931. Like all of the other CAE camps, this camp has never been visited by historians.
Sur cette photo, on aperçoit John O’Neill et John Cox au cours d’une de leurs longues explorations du littoral arctique. O’Neill est responsable de l’aspect géologique de l’expédition. Lui et ses deux coéquipiers, John Cox et Kenneth Chipman, cartographient plus de 1000 kilomètres de la côte. Tous ces kilomètres parcourus ont permis de mieux connaître le territoire arctique canadien et ses ressources géologiques à une époque où les photographies satellites n’existaient pas. La seule option était de sillonner le territoire à pied et de prendre d’innombrables relevés. En 1999, une nouvelle espèce minérale provenant du Mont Saint-Hilaire, au Québec, a été baptisée « oneillite » en l’honneur de la contribution de O’Neill à la géologie canadienne, tandis qu’une petite île à l’embouchure de Bernard Harbour porte le nom de Cox.
Many fresh flowers are blooming – forget-me-nots, buttercups (or rather a cross between a buttercup and a primrose), and many others. A few butterflies are noticeable and mosquitoes numerous, though as the wind was northerly, they kept in the hollow valleys and were not very troublesome. One of the greatest pleasures I have is to wash in the rushing streams, icy cold though they are. […] The sky was beautifully clear and the sun quite hot today, while the wind was cool and refreshing – altogether a very pleasant day for tramping if one were light and in fit condition. This fish and caribou diet seems to maintain only half my strength and I soon tire. Last summer I could race about and go 30 miles without fatigue – now I crawl along like a man of 60. Still, the days are creeping by and winter will soon be at hand when I can return to the station and enjoy good well-cooked food cleanly served, and the pleasant company of the other members of the Expedition. […]
Summer in the Arctic! The joy of warm air, flowering plants and berries. But warm water is not a part of Arctic summer. When streams are fed by melting glaciers, or late-melting snow banks, or even just because they flow through areas of permafrost, the water is always cold!


The ice party this year consists of V.S., Storkerson, and Thompson, with two sleds – one that they had last year and a new one that Pete built this winter. There were seven dogs in the old sled and six big ones in the newer one. They had 60 days full provisions for men and 40 days for dogs; all of it except the fats is especially prepared food. The fats amounted to about 200 lbs and was whale blubber rendered and poured over biscuit and would do well for either man or dog food.
Popular accounts of Stefansson’s Arctic explorations often mistakenly conclude that Stef’s “living off the land” means that he travelled without supplies and lived only by hunting. As Wilkins’ diary entry notes, on the contrary, Stefansson and his Northern Party companions always started off with full loads on their sleds.
Hier soir, en me couchant, j’ai découvert une légère trace de scorbut sur mes jambes, une tache sur chaque tibia, d’environ cinq centimètres de large sur vingt-cinq de long. J’imagine que c’est dû au manque de variété de notre alimentation, vu que nos provisions se composent de farine, de sucre, de thé, de viande salée et de viande d’ours, de pois, de quelque livres de figues sèches et de quelques livres de haricots, et de cinq paquets de raisins secs; c’est là tout notre stock pour trois et pour tout l’hiver, c’est-à-dire près de huit mois. Nous n’avons ici aucun médicament contre le scorbut, mais j’ai obtenu un peu d’acide citrique d’une Esquimaude qui l’avait reçu en cadeau d’un Blanc, car les Esquimaux le mangent comme bonbon. Je crois que j’en ai assez pour me rétablir.
Le scorbut est une maladie fréquemment associée aux explorations et aux voyages en mer. Il est provoqué par une carence en vitamine C (acide ascorbique) découlant de la malnutrition ou d’une diète pauvre en fruits et légumes frais. Daniel Blue a donc raison de penser que ses problèmes de santé sont dus à son régime alimentaire.
Wind N.E., light breeze, fogging. Temp -28. Mr. Jacobson & a native arrived here this noon. Ten day’s from Kittygarick, from whence he came. He brought the news that pelts had dropped in price enormously, on account of war, which was raging in Europe, between Germany, against England, France, Russia, also that all provision & ammunitions was soaring high in price. The price of fox skins has dropped 60% in price. Polar Bear 76% and Black Fox about 95%. At present the natives here does not believe that even if the white men does want to fight amongst themselves it can make any difference to them up here, a fox skin is always a fox skin and the white men must have them or the will get the price for them they have always got.
In this day of instant communication with the world, it is hard to relate to the Expedition members missing the news of the outbreak of World War 1 for almost six months. The economics of the fur trade in the north has always been impacted by world events. The same thing that Blue describes in 1915 happened again in the 1930s when the Great Depression threw all of North America into recession and once again fur prices tumbled dramatically.
Chipman, O’Neill, le Dr Anderson, Aarnout Castel, le cuisinier Sullivan (Cockney) et Eikie sont arrivés vers 10 h. […] L’Alaska s’est rendu à l’île Herschel, où l’équipage a constaté qu’aucun navire ne s’y trouvait, pas même le Ruby qui transportait toutes nos provisions. Cette année, seul le Herman est parvenu à contourner la Pointe Barrow et à atteindre l’île Herschel. […] L’Alaska a donc quitté l’île sans courrier ni autres provisions que du distillat et du charbon. Il a atteint l’île Bailie sans problème, mais s’y est échoué en raison de vents impétueux et d’une marée montante de 1,22 mètre. L’équipage a dû décharger le navire pour le remettre à flot. Une fois cette tâche terminée, la saison était trop avancée et il aurait été trop dangereux de recharger l’Alaska pour tenter de nous rejoindre. […]
On sent une petite note d’allégresse à travers les écrits de Jenness qui semble heureux de retrouver quelques-uns des « siens ». Dans un contexte où la famille était à plusieurs milliers de kilomètres et qu’il était impossible de joindre ses proches avec les moyens de communication que nous connaissons aujourd’hui, le sentiment d’isolement devait frapper durement. Voir revenir quelques collègues après plusieurs semaines, parfois quelques mois, devait être un réel bonheur. Quoi de mieux pour célébrer Noël quelque part au cœur de l’Arctique?
Thompson arrived with a big load of meat about noon, and Billy went back with him. I built another small house over the entrance of the other one. It was warm during the afternoon, and the snow had melted thoroughly, wetting my woolen mittens. As evening approached it became colder and my mittens froze on my hands. I had to light the primus with them on and thaw them out before they could be removed. By this time my wrists and fingers were badly frost-bitten and they are swollen considerably in consequence.
Wilkins’ experience in freezing his mitts reminds us of how careful you have to be to avoid frostbite while working in cold temperatures. It is so important to avoid getting too warm, and thus getting wet, especially in the fall when you often have a sudden drop in temperature.
Stefansson est parti chasser tandis que Billy [Natkusiak] et moi-même ramenions la viande au camp. Nous en avions une bonne pile et je pensais qu’une autre journée de chasse ne permettrait pas de la doubler, mais imaginez notre surprise quand Stefansson est rentré après avoir tué vingt-trois caribous. Il avait tué tous ceux qu’il avait vus et n’avait utilisé que quarante balles pour ce tableau. Il dit que les cartouches américaines semblent ne pas voyager aussi bien que les Winchester, ce qui explique qu’il ait parfois manqué sa cible.
Les exploits de Stefansson racontés par Wilkins feraient rêver probablement de nombreux amateurs de chasse, mais les choses n’allaient pas toujours aussi bien pour les membres de l’Expédition canadienne dans l’Arctique. Leurs explorations les ont menés loin sur des étendues de glace où le gibier se faisait rare. Pour survivre, ils devaient rationner la nourriture et gruger les os lorsque les réserves de viande étaient épuisées. Le manque de nourriture a même causé la mort de certains de leurs chiens de traîneaux.
[…] While scanning the hills with the glasses noticed a beacon near the coast. I decided that it could not have been there yesterday or Billy would have surely seen it, for he hunted in that direction. I hurried towards it with no little excitement and discovered on top of the sods a short note in Stefansson’s handwriting. I could hardly persuade myself that the party were all safe and not far away, but the note, which read “Make camp in bay below this hill and ¼ miles SW”, and was without date or signature, implied that all three were on land. I was quite familiar with the handwriting, and the message was written on the back of a Mannlicher cartridge box […].
As both a biologist and a filmmaker, I can truly sympathize with Wilkins’ frustration at missing Stefansson’s arrival at the Banks Island camp, after his long journey across the ice of the Beaufort Sea. Busy with his many other duties, Wilkins missed so many other events of importance during his time as Expedition photographer.
En soirée, Chipman, Cox et O’Neill étaient dans leur tente, et Wilkins et moi étions avec eux quand Anderson est arrivé. Chipman m’a montré les coupures de journaux contenant les questions posées à deux reprises au Parlement [canadien] à propos de l’Expédition, et il a exprimé l’opinion que l’opposition ne fait pas grand bruit. Anderson a lu les dépêches du gouvernement. En substance, elles disent que l’équipe Sud a déjà beaucoup souffert de la perte du Karluk et ne devrait pas être amputée davantage par la formation d’une nouvelle équipe Nord. Que la côte de l’île Banks est déchiquetée et dangereuse pour les gros bateaux et qu’il [Stefansson] pourrait, avec les deux membres de l’équipe Nord qui restent – McConnell et probablement Wilkins – explorer les côtes dans l’une des chaloupes apportées sur le Mackenzie. Qu’aucune des deux goélettes, l’Alaska et la Mary Sachs, ne devrait être affectée à ce travail – et que l’équipe Sud devrait poursuivre sans empêchement son travail scientifique dans le golfe du Couronnement. (De toute évidence, le gouvernement n’était pas au courant de l’achat du North Star.)
Divergences d’opinions, interprétation personnelle des priorités, ressources limitées, environnement éprouvant, voilà des ingrédients pouvant envenimer rapidement les relations au sein d’une équipe. Avant même le départ de l’expédition à Victoria, des tensions existaient entre l’équipe Sud et l’équipe Nord. Et si, parfois, l’adversité rapproche, il semble que les épreuves rencontrées par les membres de l’expédition n’ont fait qu’accentuer leurs différends. Et l’impossibilité de communiquer rapidement avec les responsables gouvernementaux ajoutait à la complexité de la situation.
(…) If the schooners do not appear till the end of next week I hope that everything on Barter Island will be finished and shall feel fairly well satisfied. It has meant a great deal of hard work – 4 to 5 hours day on the average with shovel and scraper, then for me, in addition, 5 hours or so, packing, writing notes, labeling specimens etc. Then there have been specimens for Dr. Anderson and Johansen. Today I caught six butterflies, and Aiyakuk, from a pool, culled half a dozen fish for Johansen, while Kaiyutaq cleaned a loon skin which I have to dress.
One of the larger challenges while conducting research in the Arctic is time management. As Diamond Jenness relates, it is difficult to find time for everything. The 24 hours of daylight in summer tempts one to keep working day and night. But collecting information, objects, stories or specimens, without spending the appropriate time for recording all of the necessary information about them, is always counter-productive.
Pour les Inuits participant à cette expédition, la recherche de spécimens et le travail des scientifiques pour conserver des squelettes ou des peaux pouvaient sembler bien étrange. De leur côté, les scientifiques ont aussi dû s’adapter aux habitudes des Inuits qu’ils côtoyaient. La rencontre des croyances et des coutumes de tous ces gens provenant de différents pays et milieu culturel a probablement créé plusieurs malentendus ou encore des situations cocasses. L’expédition canadienne dans l’Arctique était on ne peut plus multiculturelle! Des Inupiats de l’Alaska rencontrant des Inuits du cuivre; des scientifiques de diverses disciplines provenant du Canada, de Grande-Bretagne, de France et même de Nouvelle-Zélande, des marins dont un était originaire de Norvège alors qu’un autre était né aux Îles Fiji; certains connaissaient bien l’Arctique alors que d’autres y mettaient les pieds pour la première fois… bref tout un mélange! Avez-vous déjà vécu une situation où tous sont appelés à collaborer sans nécessairement se comprendre?


I wonder if Andre Norem’s grave at Collinson Point, Alaska, is still in existence. For the men who died on the CAE, the fate of their graves is just another part of the many little mysteries about the CAE that we are still trying to solve.
The Seahorse Islands, just southwest of Point Barrow, represent the last safe harbor on the west coast of Alaska before a ship is exposed to the relentless pressure of the north coast’s moving ice pack.
Cette photo nous permet un petit coup d’œil à l’intérieur des quartiers d’hiver de l’équipe Sud à Collinson Point en Alaska. On y voit Charles Brooks, le cuisinier, au centre de la petite pièce qui a été aménagé pour préparer les repas des membres de l’équipe Sud. Tous les coins et recoins de la pièce semblent être occupés : vaisselle, casseroles, barils, surface de cuisson, linges suspendus pour sécher. À plusieurs occasions, les membres de l’expédition font référence au défi de vivre dans des espaces exigus souvent bondés de matériel. La plupart des habitations ne comportent qu’une seule grande pièce où s’entassent hommes, femmes, enfants et chiens. Voici comment Karsten Andersen décrit la promiscuité dans un des camps de l’expédition :
I saw two foxes, one out of range, the other 300-400 yards off apparently; I fired at the latter but missed – badly misjudging the range. In a dull light it is impossible to distinguish mounds and hollows; sometimes one seems to be entering a broad depression, and only the difficulty in walking corrects the error of the sight. Everything is glaringly white, there are no shadows, and consequently nothing for the eye to rest upon. Not infrequently stumbles into a large snowdrift 2 or 3 feet high without the eye being able to discern it.

Cette description de Diamond Jenness ne vous rappelle-t-elle pas votre arrivée lorsque vous visitez des parents ou amis? L’accueil chaleureux, le déchargement des bagages, la préparation d’un repas où vous apportez votre contribution, les échanges de nouvelles, tout cela dans un climat de joie et d’heureuse convivialité? Peut-être que la personne qui vous reçoit n’entreprendra pas de vérifier si vos vêtements ont besoin d’être reprisés (!), mais il est fort probable qu’elle s’assurera que vous ne manquiez de rien et tout particulièrement si vous devez reprendre la route. De nombreuses situations décrites par les explorateurs, même si elles avaient lieu dans un contexte extraordinaire, révèlent aussi que certains gestes sont universels, peu importe où vous vous trouvez sur la terre.
Avez-vous déjà fait du camping et expérimenté un épisode de frayeur en pleine nuit? Le plus souvent, on réalise après quelques instants que l’incident qui nous a tirés du sommeil est banal, mais camper dans l’Arctique peut s’avérer beaucoup plus dangereux. Comme le mentionne Diamond Jenness, les ours polaires ne sont jamais bien loin dans l’esprit des explorateurs lorsque des bruits se font entendre à proximité d’un campement où sont emmagasinés des vivres. Les journaux intimes des membres de l’expédition nous révèlent que ce sont parfois les renards ou les loups qui s’approchent des campements. Un des spécimens que l’on peut voir dans l’exposition Expédition : l’Arctique est une louve qui a été abattue après avoir attaqué les chiens et mordu Diamond Jenness qui tentait de la faire fuir.
When does the Arctic Ocean freeze? Well, it really depends on where you are. The ocean freezes after the freshwater ponds and lakes are frozen over. Generally speaking, the lakes freeze in September, the ocean in October. New sea ice is more flexible than freshwater ice and it may actually bend under your weight without breaking. Obviously you don’t try this without an experienced guide!
In the forenoon, a whaleboat came from the east, with Mr. James Allen and seven Point Hope Eskimos. They reported that the S.S. “Belvedere” was caught in the heavy ice about 1 ½ miles off Demarcation Point, had been unable to reach Herschel Island, and Captain S.F. Cottle had given up hope of getting out of the Arctic this year… They say the ocean is packed full of ice from here eastward, and they had difficulty in getting a whaleboat along the shore and had to portage it in one or two places. The schooner “Elvira” and schooner “Polar Bear” are also caught in the ice about ten miles off Demarcation Point… Mr. Allen says that Capt. Cottle and the other whalers agree that this is the worst season for ice ever known in the Arctic Ocean from Point Barrow east. The smoke of the Karluk was seen far off shore some time back. Mr. Allen says that no whaler would venture out so far when the heavy ice is as thick as it is this summer.
In these days of almost daily reports on the decrease in Arctic ice and the projected opening of the Northwest Passage to summer shipping, it is hard to imagine ships being trapped by ice in the month of September.
La météo modifie souvent nos plans, mais pour la majorité d’entre nous, les conséquences sont moindres. S’il est encore difficile aujourd’hui de prévoir avec exactitude les mouvements météorologiques de dame nature, imaginez comment les hommes de l’expédition canadienne dans l’Arctique pouvaient se sentir en ne sachant pas de quoi serait fait le lendemain. Pourraient-ils poursuivre leur route, risqueraient-ils de se trouver pris dans les glaces et de mettre ainsi en péril leur navire et l’équipage? À chaque fois, il leur fallait combiner instinct, prudence et une attention extrême à tous les petits signes fournis par dame nature : les courants, l’orientation du vent, la température de l’air, les types de nuages dans le ciel, etc. Combien de fois dans une journée devaient-ils remettre en question leur interprétation du temps pour réussir à naviguer dans ces eaux imprévisibles, à la rencontre d’un lendemain inconnu?
On board the Karluk, conserving water would have been all about the scarcity of fresh water until they reached the Arctic Ocean. There fresh water could be pumped up to the ship from the extensive melt pools on the surface of the summer sea ice.
Ces deux femmes s’apprêtent à dire au revoir à leur époux. L’une retrouvera son mari trois ans plus tard, l’autre ne se doute certainement pas qu’elle ne le reverra plus.
Les conditions difficiles et surtout l’imprévisibilité des événements à venir ont, depuis toujours, exigés que les explorateurs soient en bonne santé physique, qu’ils soient explorateurs des pôles, ou encore astronautes dans l’espace. Le groupe d’hommes qui s’apprêtaient à partir pour l’Arctique pour une durée de trois ans n’a pas échappé à cette règle. Une évaluation de l’état de santé était menée pour s’assurer qu’ils avaient la résistance pour survivre aux conditions extrêmes de l’Arctique. 

