Canadian Arctic Expedition Blog

December 5, 1915

Le comportement extrêmement « poli » de Pete et de sa femme à table pourrait être amusant s’il n’était pas si sérieux. J’ignore d’où ils tiennent leur conception des bonnes manières en société, mais je crois qu’ils préféreraient se passer de repas plutôt que de terminer leur assiette. Ils laissent généralement une bonne quantité de nourriture pour ce « pauvre Monsieur Bonnes manières ». Et cette manie ne se limite pas à leur propre assiette. Je n’ai jamais vu d’assiette vide à table, sauf la mienne, car Aarnout se laisse influencer par la présence du couple.

Cette habitude peut être excusable en société, mais elle est totalement impardonnable dans une communauté contrainte de rationner la nourriture. Cette manie et plusieurs autres qui relèvent de la morale chrétienne forment un dogme qui n’a pas sa place ici. Notre réserve de charbon est très limitée, à peine suffisante pour la cuisine, et Pete fait toujours de son mieux pour l’économiser, mais ça ne l’empêche pas d’utiliser du charbon pour suivre certaines coutumes, comme se laver les mains et le visage avant chaque repas (même s’il n’a certainement pas pris de bain depuis six mois, peut-être plus), de laver trois fois la viande et le riz avant de les cuire, de transférer les aliments d’un plat à un autre tout aussi bizarre d’un point de vue esthétique, et d’effectuer plusieurs autres gestes qui m’irritent au plus haut point. C’est peut-être parce que je vieillis et que les conditions de vie sont difficiles dans ce pays, mais ces petites différences m’affectent plus qu’à l’habitude. Encore un an ici et je serai irrécupérable; je m’accroche donc à l’espoir de partir l’an prochain afin de demeurer sain d’esprit.

George Hubert Wilkins
Photographe
Rauner Special Collections Library, Dartmouth College

Je crois que lorsque la précarité est votre compagne de tous les jours, la tolérance envers les habitudes de vos collègues peut fondre comme neige au soleil. Les frustrations de Wilkins sont probablement accentuées par la promiscuité quotidienne qui finit par jouer sur les nerfs des explorateurs les plus patients ou les plus accommodants. Avez-vous déjà pris part à un voyage ou séjourner dans un lieu qui vous obligeait à rationner votre eau et votre nourriture et à porter une attention scrupuleuse à chacun de vos gestes?

Karine

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