Canadian Arctic Expedition Blog

February 16, 1915

Hier soir, en me couchant, j’ai découvert une légère trace de scorbut sur mes jambes, une tache sur chaque tibia, d’environ cinq centimètres de large sur vingt-cinq de long. J’imagine que c’est dû au manque de variété de notre alimentation, vu que nos provisions se composent de farine, de sucre, de thé, de viande salée et de viande d’ours, de pois, de quelque livres de figues sèches et de quelques livres de haricots, et de cinq paquets de raisins secs; c’est là tout notre stock pour trois et pour tout l’hiver, c’est-à-dire près de huit mois. Nous n’avons ici aucun médicament contre le scorbut, mais j’ai obtenu un peu d’acide citrique d’une Esquimaude qui l’avait reçu en cadeau d’un Blanc, car les Esquimaux le mangent comme bonbon. Je crois que j’en ai assez pour me rétablir.

26 février 1915

Hier soir, Mike s’est plaint d’avoir les jambes lourdes tout le temps et quand j’y ai jeté un coup d’œil, j’ai constaté qu’il avait, lui aussi, le scorbut. Mes jambes étaient presque guéries quand je suis tombé à court de médicament, et elles sont revenues au point où elles en étaient, mais aujourd’hui, j’ai découvert qu’un Autochtone rencontré sur la plage avait un peu d’acide citrique qu’un Blanc lui avait laissé […] Il m’a vendu presque tout ce qu’il avait, en échange de gomme à mâcher dont j’avais une provision. J’ai maintenant assez d’acide citrique pour nous soigner tous les deux pendant une semaine, peut-être plus si nous en prenons avec modération et qu’aucun autre cas ne se déclare dans l’intervalle.

Daniel Blue
Mécanicien en chef à bord de l’Alaska
Diary of Daniel Blue © Canadian Museum of Nature

Le scorbut est une maladie fréquemment associée aux explorations et aux voyages en mer. Il est provoqué par une carence en vitamine C (acide ascorbique) découlant de la malnutrition ou d’une diète pauvre en fruits et légumes frais. Daniel Blue a donc raison de penser que ses problèmes de santé sont dus à son régime alimentaire.Même si aux 19e et 20e siècles, les explorateurs comprenaient mieux comment se protéger contre cette maladie, ils se retrouvaient presque toujours sans protection lors des longues expéditions. Les aliments que l’on savait antiscorbutiques faisaient partie des provisions, mais la vitamine C s’oxydant facilement, ces aliments perdaient leur réserve en vitamine au bout d’un certain temps. Le scorbut apparaît généralement après une période d’un à trois mois de faible apport quotidien en vitamine C. Imaginez le combat : cinq ans en pleine région polaire où le menu quotidien se compose principalement de viande et de nourriture sèche!

Karine

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