ILS ONT PAVÉ LE PARADIS : LA VIE DANS le parc de STATIONNEMENT

Historique

La situation de la culture et de l’identité autochtones est précaire depuis l’arrivée des Européens dans les Amériques. Dans certains cas, des cultures entières ont été éliminées méthodiquement. Cela ne veut pas dire qu’une paix et une tranquillité absolues régnaient dans les Amériques avant l’arrivée des Européens. Bien des cultures étaient en conflit les unes avec les autres. Des civilisations entières ont disparu avant l’arrivée des Européens aussi, victimes de la famine, de catastrophes environnementales, de mauvaises récoltes et de guerres avec des tribus voisines. Le contact avec les Européens a amené d’autres formes de dévastation : guerres, maladies, extermination planifiée, nations dressées les unes contres les autres, communautés braquées les unes contre les autres, membres de familles dressés les uns contre les autres.

À mesure que la population européenne du Canada augmentait, des traités de paix étaient signés, non seulement entre la France et l’Angleterre, mais aussi entre les Européens et les Autochtones du pays. La Confédération et l’expansion du Canada vers l’ouest et le nord ont été accompagnées par de nombreux traités et de nombreuses promesses de la part du Canada selon lesquelles les Autochtones recevraient un enseignement, une formation dans les pratiques agricoles, des soins de santé, des provisions et des terres gratuites (dont ils étaient déjà les propriétaires). Et pour bien des Autochtones, c’était la fin du nomadisme. Avec le temps, l’éducation des Autochtones en est venu à signifier l’assimilation et le génocide culturel. Les pensionnats ont remplacé l’éducation offerte par la communauté et la famille. Il s’agissait d’éliminer les langues, la culture et les croyances spirituelles autochtones ainsi que toute trace de vie traditionnelle. Le nouvel ordre, défini par Duncan Campbell Scott, surintendant adjoint des Affaires indiennes, était : « Tuer l’Indien, c’est sauver l’homme ». Dans bien des cas, les enfants ont été arrachés à leurs parents, et certains se sont trouvés à des centaines, voire des milliers, de kilomètres de leurs communautés, pour recevoir une éducation européenne. Dans de nombreux cas, les enfants qui rentraient après leur éducation ne pouvaient plus communiquer avec leurs familles. Des milliers d’enfants ne sont jamais rentrés parce qu’ils ont été placés dans des familles européennes, ont été adoptés par celles-ci ou sont morts dans les pensionnats. Nombre de ceux qui ont fréquenté les pensionnats urbains sont restés en ville, étant parmi les premiers Autochtones à s’installer en milieu urbain au Canada.

Le gouvernement visait l’assimilation, mais il n’a pas tout à fait réussi. Les langues, la culture, la spiritualité et le savoir traditionnel des Autochtones ont survécu à des degrés divers dans certaines communautés et dans les cœurs et les esprits de bien des gens. Malgré les défauts du système des « réserves », beaucoup de communautés sont restées isolées des cultures européennes qu’elles devaient prendre pour exemple. En un sens, la réserve est devenue, et est toujours, au moins potentiellement, le sanctuaire de nombreuses cultures, langues et identités autochtones. Il n’y a qu’une communauté tsuu t’ina au monde, et elle se trouve dans les limites de la ville actuelle de Calgary (Alberta). Il n’y a que quatre réserves pieds-noirs au monde, trois au Canada et une aux États-Unis. Et il n’y a que deux nations wendats au monde, l’une à Wendake (Québec) et l’autre dans le Nebraska, aux États-Unis. Au début du XVIe siècle, ces deux communautés constituaient un seul peuple, une seule nation. Aujourd’hui des personnes d’origine tsuu t’ina, pied-noir ou wendat vivent et travaillent dans le monde entier!

En Amérique du Nord, très peu de réserves sont autosuffisantes et autonomes. Nombre d’entre elles sont éloignées des autoroutes principales, isolées, et n’ont ni eau potable ni installations d’assainissement des effluents. Les terres des réserves sont souvent impropres à l’agriculture, à l’élevage, à l’exploitation forestière et à toute industrie viable. Les lacs et les ruisseaux voisins sont si pollués que la pêche commerciale n’est pas non plus une option. Bien des communautés autochtones du Canada ont les mêmes, voire de pires, conditions de vie que beaucoup de pays du Tiers Monde. Pour nombre d’Autochtones qui habitent dans des réserves, dans le Nord ou dans de petites villes, les grandes villes ont beaucoup d’attrait, car elles offrent la possibilité de trouver un emploi, un meilleur logement, de l’eau propre et de meilleurs soins de santé, c’est-à-dire un meilleur mode de vie.

On pourrait soutenir que certaines cultures autochtones vivaient en milieu urbain longtemps avant l’arrivée des Européens en Amérique du Nord. Au Canada et aux États-Unis, les Hurons, les Iroquois, les Hopewells, les Mississippis, les Mandans, les Hidatsas et les peuples de la côte ouest vivent dans des villages semi-permanents ou permanents depuis des milliers d’années. À mesure que des postes de traite de fourrures étaient établis à travers le pays, il y a environ 400 ans, des Autochtones s’installaient souvent juste à l’extérieur des murs de ces postes et des forts. Ils y trouvaient des denrées et des articles de troc européens et pouvaient trouver du travail de temps en temps. Ces Autochtones étaient souvent surnommés « la garde permanente ».

Certaines des communautés métisses et des communautés des Premières nations qui se sont installées le long de la rivière Rouge, au Manitoba, au début du XIXe siècle ont joué un rôle important dans la construction et le développement des petites et grandes villes établies autour de l’actuelle ville de Winnipeg. Ces Autochtones ont travaillé comme maçons, menuisiers, engagés dans la traite des fourrures, agriculteurs, éleveurs, affréteurs, boulangers, constructeurs de bateaux, potiers, tonneliers, peintres, comptables, tailleurs, couturières, fabricants de chandelles, cuisiniers et constructeurs de routes, pour ne citer que quelques-uns de leurs métiers.

Des hommes, des femmes et des enfants travaillaient dans l’industrie de la traite des fourrures, mais ils étaient également artisans et entrepreneurs. Des enfants métis et des Premières nations ont fréquenté les écoles des centres urbains. Plus tard, nombre d’entre eux ont joué un rôle actif dans les gouvernements local, provincial et fédéral, ou dans le gouvernement de l’État, dans le cas des États-Unis. Beaucoup se sont convertis au christianisme, et plusieurs ont joué un rôle de premier plan dans les institutions religieuses.

Dans l’est de l’Ontario, l’ouest du Québec et l’État de New York, des ferronniers iroquois ont participé, et participent toujours, à la construction des gratte-ciel et des ponts les plus célèbres de l’Amérique du Nord et à la construction d’autres qui sont moins célèbres.

Il y a eu de nouvelles vagues de migration d’Autochtones et d’Inuits vers les centres urbains après la Seconde Guerre mondiale, quand les militaires (hommes et femmes) sont rentrés, et au début des années 1960, suite à la modification de la Loi sur les Indiens. Aujourd’hui, comme il y a plus de 60 ans, les Autochtones et les Inuits se dirigent vers les centres urbains dans l’espoir de trouver un emploi ou un meilleur niveau de vie, pour profiter de tout ce que la ville peut offrir, notamment de meilleurs logements, des soins de santé, la possibilité de faire des études, une nouvelle vie, le travail dans des organismes politiques ou gouvernementaux, et la proximité d’amis et de parents qui vivent en milieu urbain. Certains se sont installés dans les centres urbains pour fuir les inconvénients de la vie en milieu rural, pour la vie sociale que la ville offre, pour fuir la discrimination dont ils faisaient l’objet à cause de leur orientation sexuelle ou de leur état de santé ou pour l’anonymat que la ville peut offrir.

Ces mêmes facteurs attirent les personnes qui ne sont ni autochtones ni inuites vers les villes. Dans certains cas, les expériences, les succès et les déceptions que ces personnes vivent sont très semblables à ceux des Autochtones et des Inuits. Cependant, en général, le degré de pauvreté que connaissent les Autochtones et les Inuits qui s’installent dans les centres urbains excède largement celui que connaissent les non-Autochtones.

La réalité urbaine de New York, de Montréal, de Toronto et de Vancouver, où beaucoup de personnes de cultures similaires se rassemblent dans des quartiers, où des entreprises, des églises et des services locaux tiennent compte des traditions, de la langue, et des besoins religieux et culturels locaux, permet à ces groupes culturels de maintenir leur langue et leur sens d’identité et de rester fiers.

Nombre de ces groupes culturels ont migré vers des centres urbains plus grands et se sont installés dans les secteurs des villes qui sont devenus des secteurs culturels distincts. Ce n’était pas toujours le cas pour les Autochtones qui ont migré vers les centres urbains. Par exemple, il n’y a pas de quartier cri, saulteaux, micmac, déné, inuit, haïda ou mohawk à Ottawa, ni à Edmonton ou à New York, à moins qu’il n’y ait une réserve urbaine dans les limites de la ville. Dans certains cas, les Autochtones qui ont migré vers les centres urbains ne se sont pas installés dans des quartiers où il y avait d’autres Autochtones, mais plutôt dans des quartiers où les logements étaient abordables et les services étaient accessibles.

Pour les Autochtones et les Inuits, l’expérience de « communauté » dans les centres urbains est différente de celle de beaucoup de groupes culturels qui s’installent dans des centres urbains qui ont des « secteurs culturels » si les membres de ces groupes veulent s’identifier à ces communautés. Toronto, Montréal, Edmonton, St. John’s et Halifax ont des quartiers italiens ou chinois, mais on ne trouve pas de quartier mohawk ni de quartier cri. Certaines villes ont des zones où les Autochtones et les Inuits sont plus nombreux sans pour autant avoir une présence plus importante en tant que groupe culturel. Cependant, à Calgary, à Fredericton, à Saskatoon et à Vancouver, il y a des réserves indiennes et des communautés reconnues par le gouvernement fédéral, et ce, dans les limites des villes.

   
  Prêtre célébrant le mariage d’un couple autochtone vivant à Edmonton, Alberta, à l’église Blessed Sacrament. 2005.  

   
  Artisanat et vannerie en vente lors du pow-wow d’Odawa.  

   
  Rue East Hastings au centre-ville de Vancouver, août 2006.  

   
  unningham Place Housing, projet visant à sortir de la rue les sans-abri d’Edmonton et à leur procurer un emploi.  

   
  Jardins autochtones au Jardin botanique de Montréal, 2006.  

   
  La baie Frobisher toujours enfouie sous les glaces le 21 juin 2005.  

   
  Vancouver Friendship Centre sur la rue East Hastings, Vancouver, août 2005.  

Autochtones en milieu urbain
Date de création : 18 décembre 2008.