À l’élection fédérale de septembre 1984, Brian Mulroney et les progressistes conservateurs devancent les libéraux, dirigés par John Turner. Jake Epp, un député mennonite du Manitoba, devient ministre de la Santé nationale et du Bien-être social et est chargé d’appliquer la Loi canadienne sur la santé et de limiter les dépenses gouvernementales dans les programmes sociaux pour tenir l’engagement des conservateurs. En élaborant lentement l’unique règlement qui accompagne la Loi et en en appliquant les sanctions avec prudence, Epp réussit à calmer une grande partie de l’opposition des provinces à la législation. De plus, son personnel et lui travaillent à la réorientation des activités fédérales pour mettre l’accent sur la prévention plutôt que les soins curatifs. Les campagnes initiales de la Direction de la promotion de la santé, créée en 1978, avait sensibilisé les gens à l’importance de la condition physique et d’une bonne nutrition, à la lutte contre le tabagisme, la consommation d’alcool et l’usage de drogues, et ainsi renforcé les programmes provinciaux et municipaux et attiré l’attention de la communauté internationale. En finançant une conférence tenue à Toronto, en 1985, sur le thème Beyond Health Care: From Public Health Policy to Healthy Public Policy (Aller au-delà des soins de santé : de la politique en matière de santé publique à une politique publique qui vise la santé), le ministère de la Santé nationale et du Bien-être social indique qu’il soutient un nouveau paradigme : la promotion de la santé. Les experts du Bureau européen de l’Organisation mondiale de la Santé qui assistent à cette rencontre persuadent celle-ci que la première Conférence internationale pour la promotion de la santé, prévue pour 1986, devrait avoir lieu à Ottawa. Pour profiter au maximum de cette occasion, le personnel d’Epp travaille inlassablement à la préparation d’un document qui reflète la tendance actuelle dans ce domaine. La santé pour tous : plan d’ensemble pour la promotion de la santé prend comme point de départ le rapport Lalonde en rappelant aux citoyens que, malgré l’assurance maladie universelle, ils doivent encore relever trois défis fondamentaux : réduire les iniquités en matière de santé, accroître la prévention et améliorer la capacité des gens à faire face aux maladies chroniques et aux handicaps. Le plan d’ensemble décrit aussi à grands traits
trois mécanismes de promotion de la santé pour relever ces défis, les soins personnels, l’entraide et des environnements sains, et trois stratégies pour rendre ces mécanismes fonctionnels : encourager la participation du public, renforcer les services de santé communautaires et coordonner une politique publique favorisant la santé. (Lavada Pinder, « The Federal Role in Health Promotion: Art of the Possible », dans Ann Pederson, Michel O’Neill et Irving Rootman, dir., Health Promotion in Canada: Provincial, National and International Perspectives, Toronto, W. B. Saunders Canada, 1994, p. 100, traduction).
L’expression « politique publique favorisant la santé » fait allusion à la sécurité du revenu, à l’emploi, à l’éducation, au logement, aux affaires, à l’agriculture, aux transports, à la justice et à la technologie. Puisque tous ces domaines relèvent de la compétence d’autres ministères fédéraux et provinciaux, il faudra une coopération intersectorielle pour aborder ces sujets. Toutefois, le plan d’ensemble est seulement un document de travail et, tout comme son prédécesseur, a été élaboré avec un apport limité de sources externes. Par conséquent, il ne produit pas l’effet nécessaire pour réorienter la politique canadienne en matière de santé en insistant moins sur les interventions curatives.